Le Soufre en Physiologie et en Thérapeutique (par André Jacquelin et Pierre Godeau)

Il semble qu’il faille périodiquement revenir sur certaines acquisitions biologiques et thérapeutiques d’un passé même récent, tant le progrès en médecine comporte, au sein de ses vues nouvelles, une déplorable rançon d’oublis.

Des médications dernières-nées viennent supplanter les anciennes, avec certes d’incontestables supériorités, mais aussi des inconvénients, des faiblesses, des carences qui n’apparaissent pas toujours dans l’enthousiasme initial. Elles font ainsi un peu figure d’usurpatrices. Telle l’hormonothérapie hypophyso-cortico-surrénale, à l’égard de laquelle nous avons cru devoir, après ou avec d’autres, dénoncer le trop aveugle engouement actuel.

Engouements et abandons, non toujours justifiés, c’est un rôle peut-être ingrat, mais utile et même nécessaire, d’en appeler d’eux, comme nous nous y sommes efforcé dans un petit voué à une synthèse de conceptions, d’idées capables d’orienter, d’éclairer la pratique médicale.

Pendant que grandissait la faveur de la corticothérapie anti-allergique, a commencé de décliner le soufre, dont l’apogée paraît avoir correspondu au Congrès International de Cauterets (13-15 sept. 1948).

C’est alors que le Professeur Loeper, dans son beau discours inaugural, a pu le définir : « un véritable protée chimique » et dire de lui : « il anime tout ce qu’il touche, il est un peu l’âme de la micelle », après l’avoir célébré comme « un régulateur, un balancier attentif au maintien de l’équilibre élémentaire de la molécule vivante ».  Pour Hazard , au même Congrès, c’est par excellence un « agent de liaison », pour Boulanger, un « transporteur », pour Montagnini, un des principaux facteurs de « stabilisation ». Polonowski parle de         « la nombreuse cohorte de molécules diversement soufrées qui s’intègrent dans nos tissus, contrôlent la plupart des réactions cellulaires qui forment ce que nous appelons le métabolisme intermédiaire ». Giraud affirme enfin : « Sa présence est nécessaire par elle-même autant que son action ».

Cette plurivalence, pour ne pas dire cette omnivalence du soufre en fonction de la diversité des corps dans la composition desquels il entre, explique l’extrême diffusion de ses effets thérapeutiques possibles, depuis la médication antocoagulante avec l’héparine, la protection et la sauvegarde de la cellule nerveuse part la vitamine B1 ou thiamine, la rectification du diabète par l’insuline, jusqu’à la chrysothérapie, aux sulfones antibiotiques, aux bactériostases sulfamidées et aux antihyroïdiens de synthèse.

Mais pour produire des effets si différents, le soufre n’intervient qu’à titre secondaire, en collaborant seulement à l’édification de molécules complexes. Et, d’autre part, aux limites étroites de la présente monographie, comment le suivre dans des voies pareillement dispersées?

Nous croyons plus intéressant et plus fructueux de nous limiter aux rôles qui lui appartiennent en propre et qui, bien qu’encore multiples, concourent à en faire l’une des plus grandes, sinon la plus grande médication des états allergiques et aussi des états d’auto-intoxication « arthritique » (si l’on nous permet ce terme désuet, mais qui dit bien ce qu’il veut dire), les uns et les autres étant d’ailleurs très étroitement liés en pratique.

Nous nous efforcerons de montrer que telle est bien son activité essentielle d’ensemble, celle qui lui donne sa physionomie thérapeutique particulière et que, si trois tropismes principaux l’orientent vers : 1° les muqueuses respiratoires; 2° la peau; 3° les articulations et le mésenchyme, ces trois ordres d’actions locales s’exercent avec le concours et à la faveur d’une action très générale sur la presque totalité de l’organisme traité : grands viscères, foie surtout, mais aussi pancréas et reins; glandes endocrines, surrénales d’abord mais aussi hypophyse, gonades, thyroïd; équilibre neurovégétatif; toutes cellules même, puisque le soufre fait partie  intégrante de leur structure protoplasmique et influence leurs échanges.

Mais, dans des effets aussi profonds et aussi largement répartis, nous mettrons l’accent sur la note endocrinienne et sur les derniers travaux qui les rapprochent singulièrement de ceux de l’hormonothérapie A.C.T.H. cortisonet.

 

Si l’on veut saisir ce que peut et doit être une médication soufrée correctement adaptée à ses indications, et judicieusement administrée, il importe de connaître d’abord :

  1. La physiologie sommaire du soufre dans ce que l’on peut appeler son cycle (pénétration, fixation, combinaisons, excrétion) et puis dans ses activités dynamiques, tant particulières que générales.
  2. De là découleront les sphères d’action de la médication, les principales affections qui sont de son ressort et les inconvénients ou les contre-indications qu’elle présente.
  3. Ensuite seront inventoriées ses techniques d’application dans leurs diverses modalités (composés utilisés, efficacité, doses, conduite de la cure, crénothérapie). Ainsi sera établi le bilan de sa valeur et de ses résultats, avec l’indication succinte des médications qui peuvent avantageusement lui être associées ou la compléter.

André Jacquelin et Pierre Godeau

 

 

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