Le Soufre et l’assouplissement des tissus

Par Maurice Loeper

Professeur de clinique à l’Hôpital Saint-Antoine

Membre de l’Académie de Médecine

La question que je vais traiter est capitale. Elle n’a guère été envisagée dans les différents ouvrages classiques, mais elle pose un problème thérapeutique important. Le rôle du soufre dans la souplesse du tissu sain et dans l’assouplissement de certains tissus malades est indiscutable, mais il mérite d’être précisé.

Être souple c’est le rêve de tout individu. Le rêve de l’homme mûr qui approche de la veillesse et désire ne pas payer un lourd tribut à l’athérome ou à l’artério-sclérose; le rêve du travailleur dont la vie parfois laborieuse et pénible exige des muscles solides et des articulations dociles : le rêve aussi du blessé qui veut parer à l’ankylose ou à la cicatrice retractile séquelle d’un accident ou d’une intervention. C’est à ces trois catégories d’individus, plutôt à ces trois catégories de troubles, que je consacrerai ce travail. Je crois pouvoir prouver que le soufre déjà tant vanté peut être sinon le remède unique, providentiel, au moins l’un des meilleurs remèdes, par quoi l’on puisse réduire une raideur, une circatrice vicieuse et même prévenir certaines incrustations.

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Le Rhumatisme Chronique

Le rhumatisme est le domaine du soufre. Par rhumatisme il faut entendre cet état fluxionnaire spécial, douloureux, qui peut atteindre la jointure, les muscles et les tendons et qui aboutit à des déformations plus ou moins précoses, marquées ou étendues. On y trouve encore des ostéolyses des extrémités des os, des hyperostoses des phalanges et, en plus de ces raideurs, de ces atrophies, de ces hypertrophies, de ces déformations, on y trouve encore des précipitations de la sclérodermie et des articulations.

Le rhumatisant est en état de carence soufrée. Si le soufre du sang est en quantité assez considérable – j’en ai trouvé quelquefois 9 à 10 centigrammes chez lui – le taux du glutathion est très bas, c’est-à-dire que le soufre actif, le soufre vivant est en général très diminué.

Dans six cas sur huit, publiés avec Mahoudeau et Tonnet à Aix, en 1936, nous trouvons des chiffres inférieurs à 300 milligrammes. Dernièrement dans une séance de la Société du Rhumatisme (1942), M.Molinéry et son fils firent allusion à nos recherches et ont confirmé que le glutathion s’abaissait chez un très grand nombre de rhumatisants chroniques. Cela c’est un premier fait.

Il en est un second : le cartilage est un des organes les plus riches en doit être au contraire très pauvre. Il est difficile de donner la composition du cartilage de l’homme, car les dosages ne peuvent être que bien difficilement faits chez lui même à l’état pathologique, mais on peut l’étudier chez les animaux. Or, qu’il s’agisse du genou, ménisque ou cartilage de revêtement, le soufre atteint jusqu’à 2 grammes % de partie sèches.

C’est plus que les artères, que le muscle, que le tissu conjonctif. Ce soufre est surtout dans cette albumine du cartilage qu’on appelle la chondroïne et non pas dans celle qu’on appelle l’albumoïde. Il est à l’état d’acide chondroïtine sulfurique, 0,5 environ et le taux total des sulfates atteint 945 milligrammes environ.

Chose curieuse, quand un individu vieillit, la chondroïne diminue et le soufre diminue parallèlement et, quand il est rhumatisant, quelques dosages prouvent que la chondroïne s’abaisse et le soufre avec elle.

Troisième fait d’importance considérable : les tissus du rhumatisant ont une appétence vraiment extraordinaire pour le soufre. Si l’on donne à un individu normal une dose de 2 grammes d’hyposulfite de soude en injection intraveineuse, il élimine en 24 heures 1 gr. 60 du soufre injecté; si l’on fait la même injection à un rhumatisant chronique, la proportion de soufre éliminée est nulle, quelquefois même elle est moindre qu’avant l’injection.

Les chiffres que voici sont démonstratifs :

Sujet Normal : 

  • Avant l’injection il élimine 1g 09 de soufre.
  • Après l’injection il élimine 2g 68 de soufre.

Rhumatisme Chronique :

  • Avant l’injection le malade élimine 1g 49 de soufre
  • Après l’injection le malade élimine 0,99 g de soufre.

A ce rhumatisant qui a une appétence spéciale pour le soufre, il est assez naturel de prescrire une médication soufrée. Celle-ci peut se faire sous plusieurs formes. Comme Robin et Maillard, j’ai prescrit le soufre colloïdal avec Vahram il y a quelque vingt ans, puis avec L.Bory l’huile soufrée et enfin avec Lesobre le thiofène.

Tous ces médicaments ont une action, mais assez différente et complexe.

Le soufre colloïdal provoque de la fièvre, surtout quand il est donné en injection intraveineuse. Sans doute cette fièvre a un rôle de choc non négligeable ; mais le même résultat n’est pas obtenu avec un autre produit colloïdal, or ou mercure, par exemple : il faut donc dire que la qualité du soufre y a aussi son rôle.

Sur 26 cas de rhumatisme chronique soignés avec Vahram nous avons observé :

  • 3 très bons résultats
  • 16 résultats véritablement satisfaisants
  • 6 où il y eut seulement une atténuation des douleurs.
  • 3 cas, il y eut un assouplissement manifeste des tissus.

 

 

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